mardi 9 juillet 2019

DE L'AUBRAC au ROUERGUE (1)

            

            

Aumont-Aubrac - Malbouzon

                  Le 14 juin, je suis partie de la gare de Rivesaltes sous un rare orage matinal . Nous étions quatre voyageurs blottis dans ce qui semblait un abri, sauf pour les deux personnes sur les côtés qui recevaient l'eau latéralement et pour les deux du milieu qui profitaient d'une généreuse fuite du toit.
                 Pendant le voyage, j'observais l'horizon et les montagnes en me demandant à quelle sauce j'allais être noyée mais en arrivant à Aumont-Aubrac, il n'y avait qu'une pluie légère et intermittente. Je n'avais que 16 km à faire avant de rejoindre un gîte prudemment réservé et commençai donc par un arrêt au bar du coin pour boire un café avant de futures zones vides de tout bistrot. Les villages sont maintenant souvent tragiquement sinistrés, la preuve la plus tangible étant la fermeture des cafés. Chez moi, il n'y a plus d'école, pas de boulangerie, d'épicerie, de boucherie...mais surtout plus de troquet, on est obligés de répondre à l'étranger qui passe qu'il faut aller boire ailleurs; on le dit mais avec la gêne d'un secret honteux.
                Une averse s'intensifia le temps que le patron m'explique avec force détails pourquoi la porte principale de son établissement ne fermait pas; j'ai oublié pourquoi mais sur le moment n'importe quelle histoire pouvant m'occuper le temps que la pluie se calme me convenait.
                Je finis par me décider à partir avec l'aisance et la désinvolture de quelqu'une qui a une longue pratique d'Aumont_Aubrac, puisque c'est la seconde fois que j'y passe. Loin de moi la sensation d'égarement qui m'avait saisie quand je m'étais retrouvée la première fois sur le quai de (l'absence de) gare, à la même heure ( environ 13h30 ) sous un soleil brûlant.

              Le paysage près d'Aumont me fut plus agréable qu'à mon premier passage où j'attendais les  aspects sauvages de l'Aubrac; cette fois, l'observant sans aucune attente, j'appréciais sa douceur, malgré le bruit persistant de l'autoroute qui me poursuivit longtemps.



            J'arrivais à Malbouzon, village sans charme particulier, assez tristounet sous la pluie (j'imagine l'hiver...)  mais accueillant, doté de deux bars-restaurants et d'une épicerie-boulangerie. L'Aubrac me plait de plus en plus...

L'hypercentre de Malbouzon


Malbouzon-Nasbinals

               J'avais prévu cette très courte étape pour faire le détour par les cascades du Déroc et trainailler au sud de Nasbinals vers le lac des Salhiens.Mais l'homme (la femme en l'occurrence) propose et Jupiter Tonans dispose...

   Je m'enfonce dans le brouillard d'un pas guilleret, peu de monde fors les vaches.





!

vous reprendrez-bien une petite tranche?
               Rieutort: joli village, j'y suis passée deux fois dans ma vie, la première fois en remontant le GR65 dans l'autre sens. Chaque fois, je m'y suis arrêtée quelques instants, pour y grignoter et parce que le lieu me plait. Les deux fois, il s'est mis à pleuvoir à verse quand je suis repartie; à la prochaine...






            Malgré un soleil timide, très timide, je suis suffisamment bien protégée de la pluie pour continuer mon programme et faire le détour par les cascades du Déroc.

              J'arrive à proximité des cascades suivant la carte que je consulte avec parcimonie (il y a deux ans, dans les mêmes parages, mon topoguide avait littéralement fondu sous la pluie. Depuis, j'ai remplacé mon couvre-sac par des sacs poubelles plus légers et plus efficaces). Je ne vois rien, le chemin s'interrompt, mes lunettes sont à la fois embuées et trempées. Un groupe de personnes franchit une porte de clôture, je les interroge: la cascade est juste là, je ne la voyais pas!
               

         Je franchis difficilement la porte en barbelés, je n'ai pas la poigne robuste du bouvier de l'Aubrac et j'ai toujours du mal à refermer les clôtures.Ma bonne humeur s'assombrit comme les nuages de plus en plus noirs. Je ne m'attarde pas aux cascades, je trouve un passage pour les remonter, c'est plus que glissant et je préfère m'éloigner du coin quand l'orage éclatera.




Ascension de la cascade réussie sans m'être étalée dans la boue, je suis assez contente de moi mais je ne sais pas encore qu'il va falloir franchir un marigot avant de retrouver un chemin.


 Bien que crottée, je prends le temps d'admirer les prés fleuris, avant de protéger l'appareil photo juste avant qu'un violent orage n'éclate.



             La pluie se transforme en grêle, tonnerre, éclairs, j'avise près d'une route un bar, hélas fermé. Je vais pour le dépasser, traverse la route, jette un regard de haine et d'envie vers un camping-car garé sur le bas-côté. Je retourne en arrière me protéger des impacts de grêle en me collant contre le mur du bar.
              Dès que la grêle s'arrête, je repars, l'orage s'éloigne mais reste encore superbe. J'emprunte une voie mi-sentier mi-torrent. Je dépasse le lac des Salhiens. J'ai froid, j'ai les pieds dans la boue, l'orage s'attarde mais je suis bien, le lac est superbe. Tant pis pour ma promenade au lac, peut-être un jour reviendrai-je?
     
               J'arrive à Nasbinals vers midi, j'ai réservé une place dans le gîte communal. Il est plein, c'est bien ce que je craignais: je suis la voie de Compostelle et ce n'est pas le désert! Demain, je commence la descente du plateau et je campe.




Nasbinals - Saint-Chély-d'Aubrac 

                Il fait beau! Etape superbe  malgré la foule sur les sentiers (mes photos ne sont pas représentatives de la fréquentation du lieu) Bon, j'exagère un peu mais ce n'est pas les vastes solitudes...














 Arrivée sur le village d'Aubrac, vue sur la tour des Anglais. La domerie d'Aubrac protégeait les pèlerins à une époque plus risquée que la notre, où la pire chose pouvant arriver au voyageur est de ramener des punaises de lit chez soi, ce que je ne souhaite à personne.





                 Descente sur saint-Chély d'Aubrac. La vache highland la plus photographiée du Gr 65. Les Gr sont les sentiers de grande randonnée , le 65 est une des voies de Compostelle, la via podiensis, du Puy-en-Velay à Saint-Jean-pied-de-Port, soit une autoroute à néo-pèlerins, ce qui, malgré la surpopulation, présente quelques avantages: on trouve facilement à boire, à manger et à parler!


Saint-Chély . On peut trouver d'autres photos de Saint-Chély et de l'Aubrac sur ce blog en juillet 2017.


le pont des pèlerins








Saint-Chély-d'Aubrac - Espalion



Saint-Chély s'éloigne, ou plutôt: je m'éloigne de St Chély



             Passage en forêt où je fais une chute sur le genou droit qui, gonflé et douloureux, me causera quelque soucis pendant toute cette balade.


Saint-Côme-d'Olt













le célèbre clocher tors






le Lot
           Il commence à faire bien chaud. Après la descente matinale, je longe le Lot puis regrimpe avant de redescendre vers Espalion.(Aïe, mon genou!)



Juste avant Espalion, ce petit bijou roman: l'église de Perse, fin XIéme, début XIIéme, en grès rose











Espalion:
              Le temps d'arriver au camping, d'installer la tente, de me doucher, de tailler une bavette avec un couple rencontré en chemin, il est presque 7 heures quand je visite Espalion et tout est déjà fermé; éternel ennui des villes de province...








Espalion-Estaing        

dernier regard au château avant de repartir
Saint-Pierre de Bessuejouls


                       Cette église possède une chapelle haute à laquelle on accède par un étroit escalier aux marches très hautes,difficiles à descendre avec un genou en compote, mais la beauté du lieu, mal rendue par les photos, en vaut la peine.





les paysages s'adoucissent




 Estaing

         Dans le but de préserver mes genoux, je fais une petite étape. manque de chance, le camping est à 2 km, donc un aller pour déposer mes affaires plus un aller-retour pour visiter la ville me font 6 km de plus; j'ai adopté cette manière de me reposer l'année dernière, en Italie, pour soigner une tendinite, prétextant que la vision de belles choses guérit tout : je peux certifier: ça ne marche pas!


















A SUIVRE...

lundi 8 juillet 2019

BOUCLE BUGARACH PAR SOUGRAINE, le pont romain


                    Une courte promenade pendant une période pluvieuse au mois de juin, par une belle journée garantie par madame Météo. Au matin, à l'est du Bugarach où j'ai mon terrier tout semblait beau, mais comme souvent les nuages s'étaient bloqués au col du Linas et il pluviotait quand je commençai à marcher, sans aucun vêtement de pluie. Un peu agacée, je décidai d'aller au moins jusqu'au pont romain, bonne idée puisque le chemin était en sous-bois et que la pluie cessa avant que je fusse trempée.



Ne serait-ce pas le château des templiers sur la colline de l'autre côté de la vallée? réponse quand j'y serais montée

encore le Bug, ça s'éclaircit!
             Je quitte le sentier pour descendre un raidillon qui me mène au pont romain de Bugarach  (construit en 1993 ap. JC;  le premier pont avait été détruit par la terrible crue de 1992.) 




             Je regrimpe le raidillon en pestant contre ces gens qui s'obstinent à placer leurs ponts et leurs rivières dans les fonds de vallée et arrive au hameau de la Vialasse que je surplombe depuis plus de trente ans quand je vais vers Rennes-les-Bains mais où je n'étais jamais descendue et m'a toujours un peu intrigué.

 pas de troquet, pas de boulanger-pâtissier aux délicieuses spécialités locales, pas de ciné,bref, un hameau comme tous les autres

             Je continue sur le sentier devenu chemin vers Sougraigne, change de direction et, me semble-t-il, change aussi de région, tant la diversité est grande d'une vallée à l'autre.


               Bien que ça apparaisse mal sur la photo, on peut distinguer les restes de murets qui endiguaient autrefois les ruisseaux et retournent à l'état de cailloux hasardeux au fil du temps; peu de chance qu'ils soient un jour restaurés, on en perdra vite la mémoire.



                De même, ce pavage du chemin dont la disparition un peu plus loin, laisse place à un étroit sentier se creusant en torrent désagréable à descendre mais qui passe encore par ici ?


      Un peu plus loin, j'envisageais de traverser à guet la rivière quand j'aperçus à deux pas ce pont qui, s'il n'est pas romain, fut néanmoins le bienvenu et me parut d'un luxe extrême (parfois, il en faut peu...)


                       A Sougraigne, je trouvai de l'eau et un banc pour le temps de manger. Malgré d'évidentes traces de présence humaine, je ne vis aucun autochtone. En l'absence de trace de violences et de désordres, j'en conclus assez logiquement que les habitants n'avaient pas été dévorés par La Bête, ni enlevés par des essstra-terrestres, ni décimés par la Peste Noire et qu'ils devaient simplement manger, comme je le faisais. L'anthropologie rurale est une science délicate car nul fumet délicieux ne venait taquiner mes narines, ce qui m'amène à conclure qu'on n'a vraiment rien à faire de la population d'un village incapable de vous faire saliver quand on le traverse à midi, alors, La Bête, L'Essstra-terrestre ou la Peste Noire peuvent bien les décimer, je m'en fous!

Sougraine, en commençant à remonter la colline pour retourner sur Bugarach
              Un chemin assez raide m'entraina dans la forêt; à ma grande surprise, il était balisé, ce qui me permet aujourd'hui de raconter ma promenade plutôt qu'errer encore dans les bois en cherchant la sortie; merci aux baliseurs ...



Sougraigne, de plus haut et la pointe du Cardoux, sauf erreur; en tout cas, ce n'est pas l'Everest

Bel hêtre


arbre dépressif mort par pendaison
montée, descente, retour sur le Bugarach, la météo avait raison, avec un peu de retard





                                                                       c'est fini!

samedi 4 mai 2019

PREMIER MAI AU BREZOU

              Pendant que la flicaille réprime et mutile, et quelques soient mes sympathies pour tout mouvement de révolte, n'ayant nulle crainte des paradoxes, je suis allée fêter le 1er mai sur le Pla du Brézou dans la contemplation des asphodèles et des cistes en fleur.
               
           
      L'arrivée sur le Pla est toujours un bonheur


Euphorbes

Asphodèles


               Je continue ma progression et manque de m'étrangler en voyant apparaître dans le creux, donc vers Saint-Paul-de-Fenouilet des pales d'éoliennes que je n'avais pas remarquées jusqu'ici. J'avais il y a longtemps fait un cauchemar où, entre autres choses, j'assistais impuissante à la construction d'un supermarché sur ce site, mais ce n'était qu'un mauvais rêve. Ca ne serait pas chouette, un petit alignement d'éoliennes sur ce pré? Ca ne sera jamais pire que la reconstruction de la flèche de Notre-Dame soumise à un concours international de massacreurs diplômés... Dans quel cercle de l'enfer doit-on placer les architectes et leurs commanditaires, en existe-il un plus sombre et plus cruel que les autres ou doit-on l'inventer?


vue des Cols, en direction de Peyrepertuse

Quéribus, au fond


        
                En redescendant, je fais un petit détour par une mare non loin de chez moi pour me livrer à une autre contemplation saisonnière, celle des tritons . Toute personne recherchant un peu trop le profit et la rentabilité devrait se livrer à cette occupation paisible, consistant à s'installer confortablement près d'une mare, rechercher un triton et l'observer pendant un moment. Il ne se passe absolument rien pendant un long temps,le triton n'est pas un excité par nature, il aime buller sur son rocher puis, action, une bestiole remonte à la surface pour respirer et flotte, longuement. Enfin, elle redescend et s'immobilise à nouveau sur le fond. L'observation du triton est une activité totalement improductive, elle ne sert à rien; je la recommande vivement.

un triton

un autre triton

un bébé salamandre

Et puisque c'est le premier mai , je vous offre ce qu'on appelle localement "muguet", en fait, une orchidée, la céphalantera sauf erreur.

vendredi 3 mai 2019

LE TAUCH par PADERN

                Promenade du 22 mars , par un temps qui n'incite guère à rester chez soi à travailler quoique mes petits dessins de paysages m' occupent suffisamment pour ne pas chercher à voir plus loin que mes feuilles de papier.
               J'ai envie de sortir sans aller trop loin et l'ascension du Tauch me semble tout indiqué. J'y étais montée l'année passée ( cf balade de mai 2018) en suivant la route à partir de Tuchan, mon but étant alors de tester mes chaussures. Cette fois, j'évite le goudron .


Padern sous son château
 Un chemin grimpe et le paysage devient vite sauvage.


           En voyant la piste qui monte sur la colline d'en face, je me dis que j'espère ne pas avoir à passer par là, mais ,loupé, c'est le chemin et de plus, il faut descendre au creux du vallon assez profond avant de remonter. J'apprendrai plus tard qu'il y a un autre chemin...


  Peut importe, il fait si beau....





Arrivée au sommet de Tauch



Redescente par le même chemin, avec le château de Quéribus qui se détache à l'horizon.




Une ruine que je n'avais pas repérée à l'aller